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Toulouse INP. Ouvrir l’ingénierie, sécuriser la réussite

Le 4 mars, Journée mondiale de l’ingénierie, pose une question qui dépasse la célébration des métiers : qui peut se projeter dans l’ingénierie, et à quelles conditions ?


À Toulouse INP, l’égalité des chances est abordée comme un sujet d’ingénierie des parcours. Une chaîne complète, depuis le collège et le lycée jusqu’à l’entrée dans le supérieur, avec un enjeu particulier : rendre les passerelles depuis les bacs technologiques et professionnels plus lisibles, plus accessibles, et plus sécurisées.

 

Interview croisée de Dominique Poquillon, présidente de Toulouse INP, et de Samuel Girardeau, chargé de projets Égalité des chances.

Vous parlez d’un continuum. Pourquoi ce choix de vocabulaire ?

Dominique Poquillon : Parce que la difficulté n’est pas un point unique. Elle est faite de transitions : la transition entre “je regarde” et “je me projette”, la transition entre “j’entre” et “je tiens le rythme”, la transition entre “je suis capable” et “je me sens légitime”. Si l’on ne traite qu’un moment, on laisse les autres fragilités intactes. Le continuum, c’est la cohérence de l’action dans le temps. C’est la montée en confiance comme en compétences.

Samuel Girardeau : Et c’est aussi une manière de relier les dispositifs. Les Cordées de la réussite travaillent l’amont, au collège et au lycée. Ensuite, les parcours post bac, comme notre CPES Viasup et le parcours IngéPLUS, travaillent les réorientations dans le supérieur, la méthode, et l’accompagnement. L’objectif est de réduire l’autocensure, puis de limiter les ruptures.

 “Comment on entre”. Que font concrètement les Cordées ?

Samuel Girardeau : Les Cordées s’appuient sur des collèges et des lycées partenaires, dont des lycées professionnels. On organise des visites, des ateliers, des rencontres, des immersions, et surtout un tutorat porté par des étudiants. L’enjeu n’est pas de “vendre” une école, mais de rendre le supérieur compréhensible : ce qu’on y apprend, comment on y travaille, ce qu’on peut y devenir.

Dominique Poquillon : Une Cordée est efficace quand elle produit des repères. Le but n’est pas de créer une vocation artificielle, mais de lever les malentendus et les barrières invisibles. Beaucoup de jeunes n’ont pas d’accès direct à ces codes. Leur donner accès, c’est déjà une politique d’égalité des chances.

Vous évoquez un focus sur les bacs technologiques et professionnels. Pourquoi est-ce stratégique ?

Dominique Poquillon : Parce que l’ingénierie a besoin de talents, et que les talents ne se trouvent pas dans une seule filière. Les bacs technologiques et professionnels apportent une culture du concret, des procédés, des systèmes, de l’organisation, parfois déjà une proximité avec les environnements industriels. Cette culture est une ressource pour l’ingénierie. Encore faut-il qu’elle puisse s’exprimer dans un cadre académique exigeant, sans être pénalisée par un défaut d’information, de méthode ou d’accès aux codes.

Samuel Girardeau : Dans les échanges avec les élèves, on entend souvent la même chose : “je ne me vois pas en prépa”, “je ne sais pas si j’ai le niveau”, “je ne sais pas par où passer”. Notre travail consiste à transformer ces phrases en trajectoire possible. Cela suppose de montrer qu’il existe plusieurs chemins et de rendre ces chemins concrets.

“Comment on réussit”. Qu’apportent la CPES Viasup et le parcours IngéPLUS ?

Samuel Girardeau : Ils sécurisent la transition post bac. Pour beaucoup d’étudiants, la difficulté n’est pas seulement le contenu, mais la façon de travailler, la régularité, la gestion du temps, et la capacité à demander de l’aide au bon moment. Viasup et IngépLUS apportent un cadre, des repères, un accompagnement, et une montée en puissance progressive. L’objectif est simple : éviter que la première difficulté devienne une rupture.

Dominique Poquillon : L’égalité des chances ne consiste pas à diminuer l’exigence. Elle consiste à rendre accessibles les conditions qui permettent d’atteindre l’exigence. Quand un étudiant comprend les attendus, apprend à organiser son travail et trouve des appuis, il peut déployer son potentiel. Cela change sa vision des possibilités de trajectoire.

Le rôle des étudiants tuteurs revient souvent. Pourquoi y tenez-vous ?

Samuel Girardeau : Parce que la réussite se transmet aussi par des modèles proches. Un élève de lycée se projette plus facilement quand il rencontre quelqu’un qui lui ressemble, qui a douté, et qui a trouvé un chemin. Le tutorat crée cette proximité. Il ne remplace pas l’enseignant, mais il ouvre un espace où l’on peut poser des questions sans crainte. Nous avons d’ailleurs de nombreux tuteurs qui ont été eux-mêmes accompagnés, auparavant, par l’un de ces dispositifs d’égalité des chances.

Dominique Poquillon : Et cela forme aussi nos étudiantes et nos étudiants. Transmettre, accompagner, expliquer, c’est une compétence d’ingénieur : savoir rendre un système compréhensible, savoir travailler avec des publics différents, savoir coopérer. Le tutorat est une responsabilité et une formation par l’action.

 

Pourquoi l’ingénierie a besoin de toutes les trajectoires

L’ingénierie est une discipline de résolution, au contact du réel. Une promotion homogène peut être brillante, mais elle risque de penser dans un même cadre. Une promotion diverse est souvent plus robuste : elle combine des rapports différents au concret, au système, au terrain, et à l’usage. Les bacs techno et pro apportent des réflexes pragmatiques et un savoir, notamment sur les procédés, la qualité, la maintenance, l’organisation, et la compréhension des contraintes. À condition de construire des passerelles lisibles et un accompagnement exigeant, ces trajectoires deviennent un levier de réussite et d’innovation.

Qu’est ce qui fait la différence entre une action ponctuelle et une politique qui tient ?

Dominique Poquillon : La continuité, d’abord. L’identification des responsables, ensuite. Et des moyens. Une politique d’égalité des chances ne peut pas reposer uniquement sur la bonne volonté. Elle doit être organisée, évaluée, ajustée et portée dans la durée.

Samuel Girardeau : Et il faut une cohérence de message. Dire “c’est possible” ne suffit pas. Il faut pouvoir montrer un chemin, dire ce qu’on attend, dire comment on accompagne, et dire à qui s’adresser. Ce sont des éléments simples, mais ils changent tout pour des publics qui n’ont pas les mêmes codes.

Conclusion

Pour la Journée mondiale de l’ingénierie, Toulouse INP met en avant une idée claire : ouvrir la porte est nécessaire, mais insuffisant. Il faut montrer les chemins possibles derrière la porte pour que chacune et chacun osent entrer et puis avancer sur son chemin.

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